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"M. Vayid : un MMM assez médiocre et décevant pour abdiquer après un 60-0" par Yvan Martial

Il y a 25 ans - 7 octobre 1989 (L'Express, 7 octobre 2014)

Rédigé le Mercredi 26 Juillet 2017 à 00:57 | Lu 55 fois


A la fin de septembre 1989, le MMM célèbre ses 20 ans. Son congrès, avec pléthore de délégués étrangers de partis frères de populations sœurs, constitue un sommet de notre histoire politique sectaire. Les hagiographes se déchaînent, magnifiant ou édulcorant, au besoin, son passé. Ses détracteurs n’y vont pas avec le dos de la cuiller quand ils sont sollicités, soit par des journaux, refusant de séparer la médaille de son revers, soit par des journaux hostiles au parti mauve et militant.


Le regretté Mohamad Vayid qualifie, par exemple, la performance du MMM … « d’assez médiocre »  (L’Express du 14 septembre 1989). Il se méfie comme de la peste du « double langage » de Paul Bérenger (Que n’aurait-il pas dit de la langue-cravate ?) Pour lui, Bérenger n’a pas l’honnêteté d’un Guy …Rozemont. « Il est le jésuite de la politique mauricienne » (Steeve Babooram appréciera). Il  s’appuie pour dire cela sur son expérience à la tête de la  British American Tobacco (BAT). Il n’a aucune peine à quantifier ce que les revendications syndicalistes de Bérenger coûteront finalement aux travailleurs qu’il prétend défendre.
 

Il résume ainsi le combat initial de Bérenger (1969-89) : 1. Abattre le secteur privé (on ne naît pas impunément fils de haut fonctionnaire et défenseur de la bourgeoisie d’Etat, la nouvelle oligarchie) 2. Renverser coûte que coûte le gouvernement de Seewoosagur Ramgoolam (Navin appréciera s’il est digne de son père) même si pour cela il faut mettre à genoux le pays Maurice (Ne disons donc pas que nous n’avons pas été prévenus !)
 

Le syndicalisme marxiste de Bérenger vise en vérité l’étatisation de nos piliers économiques (sucre, zone franche, tourisme,  services financiers, éducation et formation professionnelle). Tout rabaisser à la médiocrité de nos pires corps paraétatiques et autres départements gouvernementaux. Simplement vertigineux !
 

Mohamad Vayid se défend d’être un anti-MMM. Avec un humour d’une rare finesse, il résume sa philosophie personnelle : « Si on n’est pas communiste à 20 ans, on n’a pas de cœur. Si on n’est pas réaliste à 30 ans, on n’a  pas de cervelle ». Il y a pire  pourtant : l’absence à la fois de cervelle et de cœur : Exemple ? La girouette la plus écervelée, la plus opportuniste.
 

Mohamad donne aussi à réfléchir sur un des  rares points forts du MMM : la formation idéologique initiale mais éphémère des militants historiques (devenus fausses  avec les ans) : « Le MMM est davantage intéressé à endoctriner les travailleurs qu’à les former ».
 

Il  apprécie, au départ, « la fraîcheur, une certaine candeur, les idées nouvelles (que sont-elles devenues ?)  du MMM naissant  (Pourvu que le désenchantement ne soit pas plus grand que l’enchantement). Le contraste est d’autant saisissant que la Vieille Garde du PTr ne peut, dans  nos années 1970, que colmater les brèches, avec ou sans la complicité d’un PMSD aussi déplumé qu’en 2014.
 

Allons plus loin encore. Le MMM prend figure d’alternative gouvernementale. Il réussit là où échouent, avant lui, les IFB, CAM, PMSD, faute de pouvoir se présenter comme des partis politiques nationaux à l’instar  du PTr de Seewoosagur Ramgoolam mais aussi d’Abdool Razack Mohamed, de Guy Forget, d’Eddy Chang-Kye.
 

M. Vayid reproche au MMM de n’avoir pas su maîtriser adéquatement les rouages du parlementarisme westminstérien et de n’avoir pas su tirer un profit optimal des ressources ainsi offertes à l’Opposition parlementaire (Rendons quand même hommage aux  peg questions de Swalay Kasenally). Il aura manqué à ce parti un Seewoosagur Ramgoolam, un Vaghjee, un Gaëtan Duval. M. Vayid en veut pour preuve (de la médiocrité de l’opposition parlementaire du MMM) que les gouvernements de S. Ramgoolam et d’A. Jugnauth ont  la liberté totale d’agir selon leur bon plaisir, sinon de manière dictatoriale (Mais comment s’opposer efficacement quand on est affublé d’une langue-cravate et d’une main en forme de sébile ?) M. Vayid qualifie donc l’opposition du MMM comme manquant de mordant. (Nous ne sommes pas loin du bouledogue sans dent).
 

(Une anecdote illustre ceci. Il fut un temps, dans nos années colonialistes 1950, quand l’examen en comité des différents chapitres du budget national  était le cauchemar  de nos chefs de départements gouvernementaux. Nos députés et membres  nommés les harcelaient pour connaître le pourquoi, le comment, le bon escient, de chaque sou dépensé des fonds publics. Un certain Raymond Bérenger (père de Paul), directeur des Travaux publics, est alors la tête de Turc préféré d’un certain Seewoosagur Ramgoolam. Le renvoi d’un fossoyeur de village peut faire, par exemple, l’objet d’une véritable inquisition parlementaire. Le haut fonctionnaire concerné, juché au pilori ou sur la sellette, doit répondre au feu des questions. A l’avènement  de l’opposition parlementaire MMM, nos secrétaires permanents et autres  chefs de département, débarrassés de toute angoisse parlementaire, s’amusent notamment à un concours de pronostics dont le vainqueur serait celui qui prédira le mieux le moment du traditionnel  walk-out parlementaire du MMM. Inutile de préciser que ce  walk-out est suivi d’un sprint parlementaire pour boucler au plus vite l’examen budgétaire, avant le retour des Mauves. Notre  Hansard en rigole encore).
 

Mohamad Vayid ne pardonne surtout pas ce fait majeur de la médiocrité du meilleur du MMM, celui des années 1969-89 : « On n’abandonne pas le privilège de gouverner un pays comme Maurice ». Après une victoire de 60-0 de surcroît. Où trouver meilleure preuve d’une irresponsabilité maladive ?  Tiens ! …On a fini par oublier ce syndrome du poêlon trop chaud. Ce que nous pouvons être amnésiques !
 


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