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Mohamad Vayid : "Bérenger ferait un très mauvais PM…" (Mauritius Times)

Mauritius Times, 22 février 2002

Rédigé le Mardi 25 Juillet 2017 à 12:30 | Lu 56 fois


L’actualité oblige avec l’’assent’ ou pas à The Prevention of Terrorism Bill, le départ inopiné du président de la République et celui non moins attendu de son adjoint, le "Mauritius Times" a invité cette semaine un analyste privilégié des événements sur le plan local en la personne de Mohamad Vayid. L’assentiment de M. Ariranga Pillay, Chef juge, et président de la République p.i, au projet de loi a aussi été commenté par notre interlocuteur.
Pour M. Vayid, ses observations au sujet de la démission de Cassam Uteem sont pertinentes s’agissant de la confiance que son entourage et ses amis lui témoignent et la conscience qui le fait agir comme il l’a toujours fait jusqu’ici. Cependant, il estime que Cassam Uteem voulait s’en aller avant
terme mais trouve qu’il lui fallait un bon prétexte pour le faire et ce pour ne pas diminuer son prestige... et entacher son image de marque. Quant à son retour éventuel sur la scène politique à l’instar de Giscard d’Estaing, Mohamad Vayid avance que seul Cassam Uteem est habilité à prendre une telle décision. Mais il déclare que “à 60 ans, on est encore jeune et on peut se rendre utile à plus d’un titre”. Il laisse néanmoins échapper cette réflexion qu’“un homme de sa trempe (Uteem) avec ses qualités... a un rôle à jouer”, mais, selon lui, “la politique n’est pas l’arène idéale pour exercer ses talents”.
Deux autres volets pertinents de ses réflexions : un vide de leadership pour la communauté musulmane, lequel “existe depuis la mort de sir Abdool Razack Mohamed”. Le rôle d’“homme-orchestre” du vice-Premier ministre. Il décrie la conception de ce dernier eu égard à son rôle de Premier ministre du pays, le qualifiant de “totalement anachronique”.


Mauritius Times : Chacun trouve son compte dans cette Prevention of Terrorism Act: un départ avec éclat pour Cassam Uteem, un arsenal puissant entre les mains du gouvernement pour combattre le terrorisme et les adversaires politiques, l’opportunité pour l’opposition de se refaire une santé politique, n’est-ce pas ?

Mohamad Vayid: Il me semble que vous avez omis de mentionner l’élément le plus important dans cette situation: les forces vives du pays, certaines institutions dont le Bar Council, l’Université de Maurice, un ex-Chef juge, M. Rajsoomer Lallah, les syndicats, beaucoup de gens issus de la majorité silencieuse, qui ont donné un soufflet au gouvernement. C’est donc une victoire de nos institutions démocratiques et de la citoyenneté du pays. C'est réconfortant de savoir que nous vivons en démocratie et non pas dans une république bananière.

Pourquoi ?

Parce qu'avec un arsenal comme le PoTA, il sera très difficile de résister à la tentation d'utiliser les mesures qu'il contient pour combattre les adversaires politiques et les institutions perçues comme faisant obstacle au gouvernement. Nous serons transportés dans un climat de peur où les gens ne se sentiront plus libres d’exprimer leur opinion ou de critiquer les nantis du pouvoir politique. Ce qui constituerait un énorme bond en arrière pour l’île Maurice.

“Jugnauth va respecter son accord. Il y est lié et il n’a pas d’autre option car le MSM n’est pas assez fort pour défier Bérenger"

Avez-vous une explication concernant l’empressement du gouvernement pour mettre en place cet arsenal antiterroriste à ce stade: visées politiques ou accommodement par rapport aux puissances étrangères ?

Il est difficile d’identifier tous les motifs du gouvernement. L’empressement qu’il y met à vouloir à tout prix faire passer ce projet de loi est suspect. Aucun pays au monde n’a agi avec autant de précipitation. En Angleterre, au Canada, en France, en Inde, on s’est donné le temps de la réflexion et on a invité les institutions concernées à exprimer leur point de vue. L’Inde a donné un bel exemple de démocratie avec les amendements apportés au POTO qui, autant que je sache, n'est pas encore entré en
vigueur. Donc, nous n’avons pas encore décrypté toutes les raisons de cette hâte indécente à vouloir légiférer dans le plus bref délai pour soi-disant obtempérer à la Résolution 1373 du Conseil de Sécurité.

Avec une Opposition pratiquement inexistante et aucun signe d'une altenance gouvernementale crédible à l'horizon, la voie était libre pour une excursion dans l'excès. L'occasion fait le larron et ce cadre juridique permettrait de neutraliser les opposants du régime et administrer le coup de grâce au Parti travailliste avec, en prime, la perspective du pouvoir pendant des décennies. Imaginons le scénario où un citoyen mauricien reçoit un paquet envoyé de l’étranger par une personne qui lui veut du mal, et qui donne, comme
expéditeur, le nom d’un terroriste. Voilà la police qui débarque chez notre homme, le jette au cachot et le garde incommunicado pendant 36 heures. Il est difficile pour lui de prouver son innocence dans un tel cas.

Les possibilités d'abus sous le PoTA sont innombrables et multiformes et le pays a parfaitement raison de se méfier des intentions éventuelles de n’importe quel gouvernement qui disposerait de PoTA. Même si nous accordions le bénéfice du doute au gouvernement actuel, il n’y a aucun moyen de garantir qu’un gouvernement qui serait tenté par la répression ne se prévalerait pas des clauses de cette loi pour instaurer la dictature à Maurice.

“Le fait que Ariranga Pillay a donné son “assent” indique que même un Chef juge n’est pas à l’abri d’une erreur de jugement”

Vous ne faites donc pas confiance ni à notre police ni au ministre de l’Intérieur ?

Une lecture du rapport Collendavelloo sur la corruption nous indique ce qu’un comité d’élite du Parlement pense de notre police: c’est pis que pendre. Ce comité n’a pas mâché ses mots concernant le peu de confiance que mérite la police. Comment donc peut-on dans le même souffle nous demander d’accorder des pouvoirs quasi absolus à cette même police ?

“Uteem avait probablement le désir de partir avant terme. Il lui fallait un bon prétexte, pour raffermir son prestige, le panache, un certain blitz médiatique”

Y a-t-il nécessité pour une loi antiterroriste à Maurice ?

Le terrorisme n'existe pas à Maurice. Lorsqu’on évoque l'incident d’un Mauricien qui part sans que son passeport soit estampillé, des visites en Afghanistan ou qu’il y aurait eu tentaive d’empoisonner notre sucre - une allégation qui n’a jamais fait l’objet d’une enquête criminelle ou d’une accusation formelle -, je crois qu’on veut créer une psychose de toute pièce pour essayer de justifier cette loi.

L’île Maurice a connu la corruption sous ses formes les plus diverses et les plus ignobles, et probablement le blanchiment des millions provenant de cette corruption hors de nos frontières et même dans le circuit local. Il y a donc pas mal de cas de corruption criminelle qui auraient pu engendrer la violence, mais nous n’avons pas eu ici des délits terroristes. Il y a eu certes des conflits sociaux, des bagarres communales et quelques fanatiques qui se sont livrés à une orgie de destruction comme l’incendie de L’Amicale, mais tout cela ne peut pas être associé au terrorisme.

Vous n’êtes pas du même avis que Paul Bérenger qui cite les activités de l’escadron de la mort, de L’Amicale pour justifier le
PoTA ?


Les activités liées à l’escadron de la mort relèvent des politiciens pervers. Ce sont des hommes politiques ou des partis politiques qui semblent être impliqués dans l'affaire Gorah Issac. Nos politiciens ne rechignent pas quelquefois devant les moyens à être employés pour obtenir une victoire électorale. D’autre part, par rapport à l’incendie de L’Amicale, il paraît que le dossier n'est pas totalement clos. Il est possible que cet incendie représente une expression de violence très commune dans beaucoup de pays qui connaissent la drogue, la misère, la frustration, la marginalisation. On ne peut donc mettre tout cela sur le compte du terrorisme.
 

Vous semblez donc dire que l’île Maurice devrait plutôt se protéger de ses politiciens que des apprentis-terroristes ?

Absolument. Nous avons eu quelques exemples très tristes dans un passé récent comme dans un passé lointain où nos politiciens ont été mêlés au trafic de la drogue, bénéficiaires des commissions sur toutes sortes de transactions, impliqués dans des malversations diverses. Le plus mauvais exemple est venu des hommes politiques.

Vous êtes-vous senti blessé personnellement par le discours et le ton utilisé par les politiques lors des débats sur le PoTA et les circonstances qui ont mené à la démission de Uteem ?

Il est évident que certains politiciens sont en déphasage avec le sentiment national. Ils ne réalisent pas que la famille mauricienne qui reçoit dans son salon régulièrement les images d'hommes politiques élus au Parlement, à travers la transmission des débats parlementaires, s’attend à ce que ces derniers se conduisent comme des gentlemen.

Utiliser des termes d’une vulgarité abétissante qu’aucune famille n’aurait toléré en son sein est un manquement impardonnable aux manières civilisées que les Mauriciens ont toujours cultivées. Les remarques grossières débitées dans l’hémicycle ne devraient pas nous offusquer outre mesure lorsque nous réalisons que nous avons affaire quelquefois à des médiocrités ou des énergumènes qui ne méritent pas d’être là où ils sont. Donc, je ne me sens pas particulièrement agressé, je trouve tout cela infiniment triste car ce comportement ne fait pas honneur à notre pays et jette le discrédit sur la classe politique.

Le gouvernement ne pouvait ne pas savoir que ce PoTA-là et les discours tenus à son sujet allaient froisser une large frange de la population mauricienne, n’est-ce pas ?

Le gouvernement a été probablement trop optimiste, en raison du vide que représente l'Opposition et de l’ivresse du pouvoir. Il s’est dit que, fort de sa majorité absolue et comptant sur un public assez docile et bon enfant en général, le projet de loi allait passer comme une lettre à la poste. Il a fait un très mauvais calcul en sous-estimant le discernement et la capacité de réagir de cette population qui, selon lui, allait se soumettre à son diktat. Mais notre démocratie a fonctionné.

Pensez-vous réellement que le gouvernement a fait un mauvais calcul ou était-ce délibéré ?

Je mets cela sur le compte de la suffisance du pouvoir où un gouvernement est persuadé que les choses vont se faire selon ses caprices, sans évaluer les forces de resistance qui pourraient être déchaînées contre lui. Le gouvernement a voulu à tout prix ce projet de loi, sans analyser sa pertinence ou ses conséquences pour notre démocratie.

Un chauffeur de taxi disait à qui à voulait l’entendre cette semaine que la Plaine Verte est devenue le refuge des terroristes et Rodrigues celui des sportifs. C’est ce qu’un homme de la rue a cru comprendre des discours prononcés pour des politiques. Est-ce le même message que vous et les Musulmans ont reçu ?

Je ne peux pas vous parler des Musulmans en général, ne représentant ni la communauté ni aucune institution particulière. Je peux vous dire cependant qu’il existe au sein de cette communauté aujourd’hui une réflexion assez profonde qui lui fait réaliser que depuis 1976 où le MMM a été plébiscité à la Plaine Verte, où les conditions sociales et économiques étaient déjà précaires, cette période de 26 ans a coïncidé avec la descente aux enfers de ce quartier historique de Port-Louis. Aucun projet vraiment important n’a été entrepris en faveur des défavorisés de cette région qui, comme ceux de Roche Bois, ont été livrés à eux-mêmes, abandonnés à leur sort. D’autre part, le gouvernement avait ciblé avec un certain succès pendant assez longtemps la communauté musulmane comme étant celle à humilier et à affaiblir.

Cette réflexion les amène à la conclusion qu’ils se sont fourvoyés en accordant une loyauté absolue au MMM. Ils se réveillent 26 ans après en se disant qu’ils ont été trahis par ce parti et ses dirigeants et également par leurs élus. Ce parti est également conscient qu’il a perdu pied à la Plaine Verte et, par extension dans l’électorat musulman. D'où l’hystérie contre le Hizbullah, le rival menaçant, et la dramatisation des méfaits allégués de ses dirigeants.

Les tentatives du MMM de récupérer sa politique partrimoine sont assez désespérées. Or, le Hizbullah est l'enfant naturel du MMM, né de sa liaison avec la Plaine Verte, une liaison qui n'a pas tenu ses promesses. Le phénomène Cehl Meeah c'est la Némésis du MMM. Si ce dernier avait accompli son devoir envers l'électorat, le Hizbullah n’aurait pas trouvé une terre aussi fertile pour se développer et se poser en challenger du MMM.

Cette réflexion indique-t-elle une nouvelle voie ?

Probablement. Le Parti travailliste semble avoir fait une percée dans les circonscriptions 1 et 2. Siddick Chady a travaillé la région et réglé certains problèmes de la Plaine Verte allégeant les misères des habitants dans une certaine mesure et permettant au Parti travailliste de faire bonne figure aux dernières élections. Il semblerait que la Plaine Verte n'est plus un dépôt fixe.

Revenons au PoTA. Estimez-vous que Cassam Uteem a commis une entorse à la Constitution en n’accordant pas son assentiment avant de démissionner ?

Ce que M. Bérenger a dit à ce sujet est illogique. C’est-à-dire que Uteem aurait dû signer avant de partir. C’est un non-sens, car soit il signe, soit il part. Il aurait fait le jeu du gouvernement et trahi la confiance de tous ceux qui l’avaient exhorté à ne pas donner son assentiment au PoTA. Cassam Uteem ne pouvait pas agir contre sa conscience, consommer un crime pour ensuite démissionner. Il a eu parfaitement raison d’agir comme il l’a fait, quels que puissent être ses mobiles ou arrière-pensées.

Vous attendiez-vous au refus de Cassam Uteem après l’épisode ECO et la destitution de sa directrice sans objection présidentielle ?

Cassam Uteem avait probablement le désir de partir avant terme. Il lui fallait un bon prétexte, pour raffermir son prestige, le panache, un certain blitz médiatique -- tout cela afin de boucler la boucle de son image de marque.

Il a réussi donc un départ avec éclat et aidé en cela par le gouvernement malgré lui ?

Ayant été président de la République pendant presque dix ans, il ne pouvait ne pas savoir que ses exigences concernant ce projet de loi n’étaient pas acceptables, qu’elles ne cadraient pas avec notre Constitution, et, qu’il n’y avait aucune chance que le gouvernement accède à sa requête. Donc, il s’attendait à un refus gouvernemental, lequel refus aurait servi ses desseins. Le gouvernement a donc été logique envers luimême et envers la Constitution. D’autre part, le locataire de la State House était devenu un peu encombrant, compte tenu des successions annoncées ou occultes et certains projets partisans. Il y a eu donc une convergence entre les désirs des deux parties.

D’où l’aide du gouvernement pour ce départ avec éclat ?

Disons qu’il y eu une complicité instinctive et inavouable mais mutuellement arrangeante entre Le Réduit et Government House.

L’exemple de Giscard d’Estaing qui s’est fait député après l’Elysée peut indiquer la voie après neuf années passées à la State House au Réduit. Allez-vous encourager Cassam Uteem dans cette voie ?

J’estime que c’est une décision que seul Cassam Uteem est habilité à prendre. A 60 ans, on est encore jeune et on peut se rendre utile à plus d’un titre. Je ne pense pas qu’on puisse demander à Cassam Uteem de lire “L’Art d’être Grand-Père” de Victor Hugo et d’aller s’occuper de ses petits-enfants. Je crois qu’il le fait déjà; il l’a toujours fait pendant qu’il était président.

Je suis certain qu’un homme de sa trempe et avec ses qualités personnelles a encore un rôle à jouer, mais je ne pense pas que la
politique soit l’arène ideale pour exercer ses talents. Quand on a été président de la République, on a été au-dessus de la mêlée, et on est reconnu comme un personnage hors du commun qui pourrait utiliser sa force morale et son influence en temps de crise, de tensions. Cela est beaucoup plus important que faire de la politique, qui semble être devenue une tare à Maurice.

N’existe-t-il pas un vide au niveau du leadership de la communauté musulmane à Maurice ?

Cassam Uteem n’a jamais été le leader de la communauté musulmane. Ce vide existe depuis la mort de sir Abdool Razack Mohamed. Il y a eu beaucoup de prétendants à ce titre, mais personne n’a réussi vraiment à offrir le profil qu’il faut à un leader de cette communauté. Donc ce vide existe toujours. Mais, comme vous le savez, les Musulmans sont des individualistes et il est très difficile de diriger cette communauté. Et, même s’il y a toujours des aspirants à ce leadership, je ne vois personne qui puisse chausser les souliers de sir Abdool.

Quelle lecture faites-vous des tractations en cours actuellement pour nommer un nouveau président et son adjoint ?

Il faut souligner que le fait qu’un président et un vice-président aient refusé de signer ce projet de loi a démonétisé et le gouvernement et le projet de loi. Nous sommes tous d’accord que le terrorisme doit être enrayé de ce monde, mais il ne faut pas le faire au prix de nos libertés fondamentales. Le fait que Ariranga Pillay a donné son “assent” indique que même un Chef juge n’est pas à l’abri d’une erreur de jugement. De ce fait le fonctionnement de nos institutions en est faussé, sinon perverti.

Un Chef juge doit, par définition, se situer au-dessus de la mêlée car le judiciaire, dont il est le chef suprême, est l’arbitre du dernier recours, dans les cas de graves conflits. Et le Chef juge semble avoir déjà choisi son camp. D’un seul geste de sa plume, il a assommé les forces vives, les syndicats, le Bar Council, l’Université de Maurice, des légistes chevronnés, des défenseurs des droits de l’homme. Pourtant lorsque tant de voix s’élèvent contre une loi, il y a dans la clameur un message très clair : “Vox
Populi, Vox Dei”.

Il faut quand même admettre que le gouvernement en place a fait montre d’une détermination sans pareille pour mener à bien sa politique, même lorsque celle-ci n’est pas ‘politically correct’, n’est-ce pas ?

Le gouvernement, selon moi, ne va pas faire marche arrière, mais j’estime qu’il est tombé sur un os très dur. Il le réalise et il est également conscient des implications et des retombées de cette loi non seulement à Maurice mais aussi à l’étranger. Et, que PoTA risque d’hypothéquer serieusement ses chances aux élections générales de 2005.

En êtes-vous certain ? Public memory is quite short here, n’est-ce pas ?

Nous avons une majorité silencieuse qui a la mémoire suffisamment longue concernant certaines atteintes à ses droits. Ce qui a déjà amené les défaites cuisantes et du PTr et du MSM, et ce n’était pas un événement particulier, mais une accumulation de bévues et d’entorses à la Constitution ou aux sensibilités sociales du pays.

Je crains que le PoTA est entré dans le subconscient du public mauricien. La plupart des gens que je rencontre y compris des adhérents du MSM, ne sont pas du tout d’accord avec cette loi. Les seuls inconditionnels demeurent les supporters du MMM et de Bérenger, en particulier. En tout cas, elle restera une plaie béante de notre Constitution pendant des années à venir, et je suis sûr que ses opposants ne vont pas s’en tenir là.

Entretenez-vous des appréhensions quant à la passation du pouvoir selon les termes de l’accord à l’israélienne entre le MSM et le MMM ?

Anerood Jugnauth va respecter son accord. Il y est lié et il n’a pas d’autre option car le MSM n’est pas assez fort pour défier Bérenger et se presenter seul aux élections. Aussi, il veut assurer sa succession éventuelle avec l’accession de son fils comme Premier ministre du pays. D’autre part, il y a beaucoup de gens à Maurice qui ont été séduits par l’idée de voir Bérenger à la tête du gouvernement. Je suis de ces gens-là, car il y a certaines fantaisies irrésistibles. Non seulement les derniers événements mais aussi le style de gestion de Bérenger ont créé des doutes très sérieux dans l’esprit de la population, qui se pose la question de savoir si ce ne sera pas une erreur monumentale d’avoir Bérenger comme Premier ministre.

Il faut se rappeler que les relations les plus citées de Bérenger ont été Ratsiraka, René, Mengitsu Hailé Mariam, sans parler de Castro. Il n’a pas eu l’expérience des contacts internationaux d’un Gaëtan Duval ou d’un Seewoosagur Ramgoolam et il est resté prisonnier du cercle restreint du MMM historique. Donc, il existe des appréhensions profondes concernant son accession au poste de Premier ministre.

Quelle est la solution ?

Soit Bérenger reconnaît qu’il doit tenir en laisse son égocentrisme et qu’il ne peut pas être la cavalerie nationale, chevauchant tous les ministères et voulant être toujours au premier plan de n’importe quel événement mauricien ou régional -- comme sa visite récente à
Madagascar, qui n’avait aucune raison d’être et qui a, au contraire, créé la confusion quand c’est Anil Gayan qui était habilité à représenter l’île Maurice là-bas - et qu’il doit changer d’attitude et de style comme chef du gouvernement, ou alors il fait des funérailles de première classe à ses rêves premier-ministériels. Sa conception d’être le Premier ministre du pays est totalement anachronique -- il n’est pas Louis XIV, le Roi Soleil, et il n’est pas un homme-orchestre. Et, il doit laisser toute latitute à ses ministres et les laisser faire leur travail. Dans le management moderne, on pratique le ‘flat organisation’ où il n’y a plus de pyramide mais bien la délégation du pouvoir et la responsabilisation des cadres.

Avec Bérenger nous avons tout le contraire, avec un organigramme étriqué, étroit, très mince à la base qui fait que tout doit remonter au sommet pour être tranché par le grand patron. Cela peut être très dangereux pour le pays et pour son avenir. D’autre part, on ne peut écarter la possibilité que des ministres excédés, dans un sursaut, réalisant les risques que représente Bérenger pour le pays, se révoltent et la mutinerie provoque la cassure de l’accord de MedPoint.

Au risque de nuire à l’harmonie sociale ?

C’est un risque à prendre. A l’instar de Cassam Uteem et de Angidi Chettiar, il y a de ces décisions qu’on ne peut éviter. Le gouvernement lui-même n’a pas bronché devant les dangers sociaux que représente PoTA. Je ne veux pas dire que c’est la chose à faire, mais il devient de plus en plus évident que Bérenger est un missile fou, sans système de téléguidage ou sens de direction, qui fait des paraboles incroyables dans l’air mais finira par atterrir avec fracas. Il ferait donc un très mauvais Premier ministre et deviendrait à terme une menace pour le pays. Et cette idée gagne du terrain.


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