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"Mohammad Vayid, l’islamologue" par Yvan Martial

Sunday Times, 12 mai 2013

Rédigé le Mardi 25 Juillet 2017 à 23:58 | Lu 81 fois


Ce que j’apprécie le mieux chez Mohammad Vayid c’est l’islamologue averti, toujours capable de présenter cette vision rationnelle et épurée de sa religion, de toutes religions, face à leurs contradicteurs les moins enclins à accepter cette irruption, cette inspiration, spirituelle, divine, dans notre monde, se voulant tellement matérialiste, tellement scientifique, tellement pragmatiste, en dépit de ses déboires notoires, de ses échecs retentissants, dont les derniers se nomment nos incapacités flagrantes, devant de simples pluies torrentielles, devenant meurtrières, en raison de nos inconsciences terrestres, la dizaine d’innocentes victimes de l’accident de Sorèze, en raison d’une chaîne ininterrompue de négligences et d’incompétences de toutes sortes, dont la source pourrait remonter jusqu’au sommet de notre hiérarchie administrative, politique, pour ne rien dire du millier ou plus de travailleurs morts en servitude, au Bangladesh, et dont les nouveaux négriers sont, peut-être, des milliardaires parvenus, se croyant obligés de blanchir leur argent sale (pardonnez-moi ce pléonasme), en acquérant, le plus cher possible, des vêtements à hors prix, sous le fallacieux prétexte de griffes les plus huppées qui ne valent, pourtant, pas un millionième du pur linceul, enveloppant saintement la dépouille de notre ami et mentor, avant sa rencontre, avant son face à face, avec son Créateur, à l’heure de l’ultime bilan de toute existence terrestre.


Mon dictionnaire m’apprend que « islamologue » n’existe pas. Il nous faut donc l’inventer pour pouvoir l’appliquer à notre mentor disparu. Nous ne pouvons rêver meilleurs auspices que sa rencontre avec son Juge suprême, pour cette avancée linguistique. A hommes nouveaux, mots nouveaux. Nous voilà obligés d’inventer des superlatifs, dans le vain espoir de pouvoir rendre justice à un Mohammad Vayid.
 

Voici donc notre Grand Frère, au terme de sa bienfaisante vie, parmi nous, face à son Créateur et Juge, Celui qui scrute nos reins et nos cœurs, qui juge chacune de nos actions, même les plus cachées, aux yeux de tous, à l’aune de notre capacité de compassion, de compréhension, de miséricorde, à l’égard des possibles défauts et autres manques d’amour de ceux et celles qui nous entourent et avec qui nous devons vivre. Vous savez… ce brin de paille qui gêne la prunelle de l’œil d’autrui mais qui obnubile la poutre, obstruant la nôtre.

Toute religion n’a de valeur que si elle offre à l’ensemble des frères et sœurs, formant notre famille humaine, la Lumière bienfaisante, stimulante, édifiante, « bonifiante », sanctifiante, parce que spirituelle, inspirée, divine. Toute Lumière, fût-elle religieuse requiert d’excellents phariers, pour entretenir vivace, fortifiante ; éclairante, salvatrice, sa capacité de répandre ses bienfaits à qui veut bien l’accueillir, dans sa vie, dans son cœur, dans son esprit, dans le moindre de ses actes, dans l’ensemble de son comportement vis-à-vis des autres. Nous avons eu, en Mohammad Vayid, un pharier hors pair.

Dieu, dans Sa Bonté miséricordieuse, rappelle, auprès de Lui, notre frère. Cette nouvelle devrait nous réjouir au plus haut point, à l’idée qu’il atteint, enfin, le but ultime de sa vie, l’objectif suprême, vers lequel tend tout son être, vers lequel s’orientent tous ses actes, toutes ses pensées. Le voici en passe de recevoir, Inch’ Allah, la juste récompense, à nos yeux, d’une existence humaine, comme la sienne, entièrement consacrée à l’amour de Dieu, s’exprimant au mieux de ses capacités, dans le service de ses frères et soeurs, avec un dévouement exemplaire; avec une préférence particulière pour ses cadets, en qui il retrouve la stimulante flamme inspirée, capable d’illuminer une existence humaine, pour la mettre idéalement au service des autres.

L’heure de sa divine récompense devrait nous réjouir et, pourtant, nous voilà infiniment tristes, désemparés même, partageant profondément l’incommensurable douleur de ses proches. Son départ nous rend, quelque part, orphelins, perdus dans le désert d’un monde impitoyable, le nôtre,  cherchant moins à nous ramener à Dieu qu’à nous éloigner de Lui, comme de nos devoirs d’amour mutuel auprès des moins chanceux de nos frères et sœurs.

Mohammad Vayid serait-il encore parmi nous qu’il nous aurait bienveillamment repris. Qu’est-ce que la Mort, sinon le Passage, la Naissance, à une autre vie, infiniment supérieure à celle qui est la nôtre, ici-bas, une vie où tout est connaissance illimitée, compréhension totale, claire  et irréprochable vision de ce qui est bien et mal pour chacun de nous ; Mohammad Vayid est mort ! La bonne blague. Il est plus vivant que jamais. Vivant excellemment en présence de Celui qui est source de toute vie, Celui sur qui la Méchanceté et sa fille, la Mort, n’a aucune emprise.

Nos yeux humains et donc faillibles ne verront plus jamais Mohammad, en chair et en os. Nos oreilles n’entendront plus sa voix professorale, doctorale. Nos mains ne serreront plus les siennes. Nos bras n’entoureront plus ses épaules en de fraternelles accolades. Mais est-ce là l’essentiel, dans ces contacts charnels, souvent fallacieux, souvent hypocrites ? Ne savons-nous donc pas que les embrassades, se voulant les plus fraternelles, cachent parfois, des coups de poignard dans le dos ?
 

Sots que nous sommes. Nous voulons appréhender l’essentiel avec nos yeux de chair. « On ne voit bien qu’avec le cœur », en esprit, nous aurait-il rappelé, appelant même Saint-Exupéry à la rescousse. Obligés désormais à ne le voir qu’en esprit, nous ne le verrons que mieux, sous son meilleur jour, sous son meilleur angle. Jailliront désormais, éblouissement salutaire, devant nos yeux émerveillés, ses innombrables qualités humaines, les unes plus exemplaires que les autres, qualités intrinsèques que nos yeux débiles n’ont pas su apprécier à leur juste valeur de son vivant. Nous étions trop orgueilleux, trop imbus de notre misérable personne, pour pouvoir apprécier, à sa juste valeur,  la bonté d’âme se dégageant sans cesse de sa personne. Nous ne verrons désormais, en esprit, que le meilleur de son être le plus intime. Il pourra, enfin, nous aider, en éclairant notre route, pour nous ramener à notre Créateur.
 

Nul besoin d’énumérer, ici, les innombrables qualités humaines, les mérites, de notre frère, Mohammad. Son Créateur, le nôtre, les connaît  infiniment mieux que nous.
 

Dieu, notre Père à tous, voici donc devant Toi, ton serviteur Mohammad, notre grand frère, notre mentor Aurions-nous été à Ta place, que nous aurions, sans hésiter, dérouler Ton plus beau tapis rouge, pour l’accueillir, avec tous les honneurs requis car nous le savons juste et bon, même à Tes yeux. Mais qui sommes-nous pour vouloir usurper Tes fonctions de Juge des vivants et des morts ? Permets-nous seulement de Te rappeler que Tu veux Te révéler à nous, Tes enfants, comme le Clément, le Miséricordieux, l’Indulgent, le Secourable, le Longanime. Nous Te recommandons donc, en toute confiance en Toi,  notre frère, Mohammad. Prends-nous aussi en pitié, dans Ton infinie Bonté. En souvenir de notre frère Mohammad Vayid d’inoubliable  et de sainte mémoire.
 


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